Abîme aujourd’hui la ville

De François Bon

Extraits de presse

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« Quelle représentation possible de la misère sociale au théâtre qui évite le voyeurisme, le pathos ou la démonstration bien pensante. La réponse est délicate et bien peu se risquent dans ce domaine. À partir d’un travail de François Bon auprès des sans-abri à Nancy, Claude Baqué a composé un spectacle d’une égale intégrité morale. Trois comédiens, Annie Mercier, Thierry Mettetal et Claude Baqué lui-même, dont le jeu fuit tout pittoresque malsain, font entendre, par bribes, les paroles de ces « marginaux » dont les portraits par Jérôme Schlomoff sont projetés sur un écran. Le dispositif scénique, comme les lumières de Matthieu Ferry sont sobres et beaux, une exigence qui signifie ici respect pour ceux dont on rapporte la souffrance. En la matière la question des moyens est essentielle et si cet Abîme aujourd’hui la ville n’épuise évidemment pas le débat, il lui donne une réponse convaincante et digne. On touche-là, au-delà de la circonstance de destins détruits, à des vérités humaines dont le partage est universel.

Jean-Pierre Siméon – L’Humanité – 24 juillet 2000

 

« Un spectacle sur les SDF ? Ça fait peur. Peur de se retrouver voyeur de la misère, peur du misérabilisme ou d’un discours politico-moralisateur. Claude Baqué a évité tous ces pièges, tout comme les avait évités François Bon dans son écriture. Ou plutôt celle des hommes et femmes de la rue qu’il a rencontrés. Qui ont accepté de lui donner leur parole ou leur silence. Qui ont accepté de donner leur visage à Jérôme Schlomoff pour d’immenses portrais projetés pendant la représentation. Annie Mercier regarde, les portraits. « Celui qui a perdu un œil, il dit… ». Ce sont leurs mots à eux qu’elle prononce avec retenue, avec respect. Parfois, elle se laisse aller « tous les jours, il y a un mot où le mort habite ». Fantôme du château, Thierry Mettetal diffuse une sorte de sérénité tragique, celle des archanges de la mort. De la forme blanche si souvent recroquevillée— à’, l’ombre noire géante sur’ l’écran, ‘sa’ voix si douce égrène: « J’en ai rien à foudre de la vie ». Le travail des lumières de Matthieu Ferry est un écho respectueux des mots. Des non-dits. Qu’il y a de grandeur au fond de cet abîme lorsqu’on s’y penche avec respect et pudeur. »

Mitzi Gerber – Le Dauphiné Libéré – 23 juillet 2000

 

« Des chaises parsemées sur un grand plateau presque vide. Au centre, un écran immense. Des photos noir et blanc de visages en gros plan s’y succèdent et alternent avec l’ombre projetée d’un personnage lunaire -Thierry Mettetal- qui raconte à la 1ère personne, quand les accents profonds et chauds d’Annie Mercier parlent à la 3ème. – – Ponctuellement, très fort, Johnny Hallyday. Les visages ont un nom, pas d’adresse, la misère de leur vie déborde sur les rives douloureuses d’une conscience collective bridée. Ce spectacle puissant et généreux justifie la légitimité de toute existence, restaure l’identité oubliée. L’humain réhabilite l’humain. Bravo à Acte Deux, François Bon, Claude Baqué, Jérôme Schlomoff. »

Natache Badia – La Provence – 30 juillet 2000

 

« En 1995, à l’invitation du metteur en scène Charles Tordjman, le romancier François Bon s’associait à la vie du théâtre de la Manufacture à Nancy et animait un atelier d’écriture ouvert aux sans-abri. De cette expérience, sont nés plusieurs ouvrages, notamment La Douceur dans l’abîme (éd. de la Nuée Bleue, 1999) réalisé avec le photographe Jérôme Schlomoff, qui met en vis à vis les visages cadrés serrés et les mots nés de l’atelier.

Rencontre singulière. A sa manière si particulière (ni roman, ni témoignage), l’auteur s’était emparé de leur parole pour écrire avec ses propres mots. Plus tard, les textes avaient été restitués à ceux qui les ont inspirés, par des acteurs, sous la forme d’une lecture mise en espace avec les photos projetées, dans la cantine d’un centre social de Nancy. La comédienne Annie Mercier – qui avait déjà travaillé avec François Bon pour Vie de Myriam C – était à ce rendez-vous unique. Des larmes avaient coulé des deux côtés.

Aujourd’hui, dans le off d’Avignon, le metteur en scène Claude Baqué s’inspire de cette rencontre singulière pour faire entendre ces paroles d’exclus, sur scène cette fois, avec la même Annie Mercier et un jeune acteur, Thierry Mettetal.

Sur le plateau, deux chaises et un écran. La femme à la voix rauque parle, elle est la voix qui dit «il» devant les visages projetés (des hommes pour la plupart), entre distance et sympathie; comme si les souvenirs de ces existences croisées brièvement remontaient en elle peu à peu. Patrick, Pôm, le petit Lambert et celui à l’«œil blanc», une petite larme bleue tatouée juste en dessous pour en pleurer toujours la perte.

Souffrance calme. Par contraste, le jeune homme endosse le «Je», son ombre portée sur l’écran vide: le ton n’est ni théâtral, ni démonstratif, mais davantage impliqué, nourri de désespoir ou de cynisme, digne, le regard brillant d’une souffrance calme. Le crâne rasé, le corps vêtu de blanc, neutre, pour qu’il n’y ait rien d’autres que les mots. Elle est la narratrice toujours en scène, il apparaît par intermittence. Loin de tout réalisme, la mise en scène a su rester discrète. Un train traverse l’espace sonore, on songe à celui que François Bon a pris chaque jeudi en direction de Nancy pendant plusieurs mois et dont il a retracé le chemin dans Paysage fer (Verdier).

Dans leurs phrases scandées de «il dit», on retrouve aussi trace de ceux dont la mort a déclenché après coup J’écriture d’une pièce de théâtre, Bruit, bientôt créée par Tordjman à Nancy: la jeune femme qui avait un soleil dessiné sur la peau, retrouvée inerte au petit matin dans son sac de couchage et l’autre, l’homme qui a disparu dans les eaux en crue sans que personne ne sache si on l’avait poussé ou s’y était jeté. Au terme d’une heure de cette étrange traversée, une phrase résonne longtemps: «On ne sait plus dire, y compris pour soi-même autrement que on

Maïa Bouteillet – Libération – 26 juillet 2000

 

«Ce texte de François Bon est magnifiquement interprété. Le sujet sur les SDF est complètement sublimé et il y a une recherche très pure sur les lignes. J’ai été bouleversé par ce spectacle.»

Robin Frédéric – La Lettre du pectacle – 18 juillet 2000

 

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