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Septembre blanc

Neil LaBute

De Neil LaBute

traduction Bernard Hœpffner

Première création de la pièce en France, à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris, le 15 mars 2003

mise en scène Claude Baqué

avec Simona Maïcasnescu et Xavier Gallais

assistante mise en scène Sandra Mainguelé / scénographie/lumières Matthieu Ferry / costumes Nathalie Lecoultre  / bande son François Olivier / images Jacques Besse / accessoires Pierre Durand-Dassier / maquillages Bernadette Poulin / Coiffure Rachel Aboulker / presse Isabelle Muraour

production L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet / Acte2Deux

Note de mise en scène

Septembre blanc / The Mercy seat 

Nous sommes au lendemain du 11 septembre 2001, à New-York. Ben est assis dans un fauteuil. Son téléphone portable sonne. Il ne répond pas. Entre Abby, qui vient du dehors, couverte de poussière. Elle voit, elle comprend qu’il ne répondra pas. Elle éteint l’appareil.

La veille, Ben devait assister à une réunion de travail dans l’une des tours du World Trade Center. Il n’y est pas allé. Au moment où elles se sont effondrées, il était dans les bras d’Abby. 

Depuis, il n’a plus donné signe de vie. Ni à sa femme, ni à ses filles, ni à personne. Il est porté disparu. Il va en profiter.

Rappelons nous les images autorisées : deux tours qui s’effondrent en boucle, des tonnes de débris, mais jamais le moindre cadavre, le moindre corps blessé. A la place, des images de femmes errant dans les rues de New-York, brandissant les photos d’un mari, d’un frère, d’un fiancé. Ces images d’images tenaient lieu de représentation de la mort.

L’auteur retourne cette figure médiatique, et moralement correcte, du disparu-mort-héros en inventant ce personnage du disparu-vivant-lâche, de la victime immorale.

Les personnages des pièces, comme des films, de Neil Labute sont toujours des êtres ordinaires qui en viennent à commettre des actes limites, impardonnables. Comme si, en moraliste chrétien, se posait pour lui, infiniment, la question de notre rédemption.

Ben est resté de longues heures prostré dans son fauteuil. Etre mort, être vivant. Etre mort pour les autres. Renaître ailleurs ? On songe à Hamlet, bien sûr. On songe aussi à Zucco, cet autre ange noir, quand il parle à la jeune fille des « lacs gelés d’Afrique » – l’oxymoron, image de l’impossible, est une figure de la mort. Ben propose à Abby de l’accompagner dans l’au-delà de sa propre vie. Elle refuse.

Car Abby n’est pas une jeune fille. Elle a douze ans de plus que Ben et il travaille sous ses ordres. A la fois mère et amante de cet enfant qu’elle n’aura jamais, elle est aussi celle qui tient désespérément le discours de la Loi. Ce sera la guerre totale. La sécession. La scission de l’atome. Les deux dernières heures de Ben et d’Abby. Un effondrement. Septembre blanc.

L’auteur a placé sa pièce sous le chef du Siège de Miséricorde (The Mercy Seat), cette table d’or, ornée de deux chérubins, qui surmonte l’Arche d’Alliance et sur laquelle, une fois l’an, le grand sacrificateur devait procéder à l’aspersion du sang d’un bouc et d’un taureau. Comme si l’humanité – l’homme et la femme – était menacée d’un éternel retour au temps des sacrifices expiatoires…

La pièce fut créée à New-York, le 18 décembre dernier. Il nous reviendra d’en faire entendre le premier écho en France.

Claude Baqué (mars 2003)

Écriture sans merci pour le 11 septembre

Dans Septembre Blanc, le 11 septembre est la toile de fond tragique d’une relation amoureuse qui se saborde. Claude Baqué souligne le climat rétrograde du vieux Nouveau Monde qui ne va de l’avant que pour mieux tourner le dos à ses crimes.

Le onze septembre 2001 fut un coup de théâtre de l’Histoire. L’auteur américain Neil Labute, en fait la trame de Septembre blanc. La pièce a été créée en décembre 2002, avec la célèbre Sigourney Weaver, à New York. Il ne faut pas préjuger de l’opportunisme d’un dramaturge doué. Claude Baqué qui suit un fil contemporain de Koltès à Armando Llamas, de François Bon à Lars Norén, a su repérer ce texte dont l’écriture est passionnée de vérité.

Septembre blanc a lieu dans un loft, le douze septembre. Ben et Habby, citoyens américains, sont amants depuis trois ans. Ben est marié et père de deux filles mais un procès de divorce le terrifie d’avance, et avec raison. La veille, Ben aurait dû être dans l’une des deux Tours mais, guidé par Éros, il fut chez Habby. Porté disparu, il a une «occasion en or», ironise-t-il, de changer de vie et d’aller trouver une thébaïde loin de l’Empire américain. Habby hésite à le suivre dans la supercherie. Le grésillement blanc d’un écran de T.V baigne la scène tandis qu’au fond, un rai flou figure une aube. Entre Xavier Gallais, en costume de boursier british et Simona Maïcanescu avec son fin cachemire chair et ses baskets blanches – des New-Yorkais nature -, le courant passe. Leur franchise passe d’autant les bornes de la délicatesse qu’ils s’aiment et le savent avec la certitude de ceux qui partagent le désir. C’est dans ce sens que Claude Baqué les a dirigés.

À entendre la pièce, le sentiment qu’elle fait théâtre, s’impose. Ben et Habby sont des stéréotypes mais leur parole est régie par une éthique de précision anti naturaliste. Installés chacun dans leur fauteuil de cuir anglais, ils s’interrogent sans merci. Ils évoquent l’hécatombe, s’interrompent plutôt que de mal dire. Dans ce quasi talk show qui tourne à l’interrogatoire , ils cherchent avec leurs mots, le sens, se cherchent, s’accordent , mais butent. Ils ne semblent jamais aussi séparés que lorsqu’ils se touchent. Quelque chose de faux les poisse. Ils butent sur cette vieille antienne de l’antinomie masculin/féminin («les hommes sont ceci, /es femmes cela»). Habby se plaint d’une routine érotique, de l’homosexualité masculine latente. Ben avoue des hontes de petit garçon, reproche à Habby de porter la culotte, de juste se faire baiser. – Qui sert à quoi ? Ce qui les retient, c’est moins la monstruosité morale qu’ils envisagent, que le doute sur la qualité de leur amour. Ils savent et ne savent plus. Le titre anglais, The Mercy Seat qui se traduit par «le siège de miséricorde» exhale, dans un relent biblique, cette intuition. Sans doute Neil Labute n’a-t-il que pressenti derrière l’équation morale, son vrai sujet, celui d’un couple embarqué sur quelque radeau de la Méduse et qui en vient à se parler démocratiquement. Du dehors monte, avec chœur de tragédie d’une veillée funèbre, la menace des lois ancestrales. Tandis que l’Amérique se fêle, Habby ne voit que l’impossibilité de l’amour sous le sceau de l’amoralisme de Ben. Le vrai problème, c’est que la vérité est devenue intolérable dans l’empire. La dire serait un acte de terrorisme contre l’idéologie de la famille. Se faire passer pour mort, ce ne serait que continuer à mystifier des fillettes, tant cette idéologie scénarise la fiction d’un monde parfait, où les conflits sont des luttes contre le mal, et les armes, de saines volontés morales. Cette idéologie est l’A.D.N d’une société qui craque de partout. À ce titre, Septembre blanc est un texte qui fait sens, et cela, même si l’éros est immolé sur l’autel de la culpabilité.

Mari-Mai Corbel, Mouvement – le 17 avril 2002

Presse Septembre blanc

Extraits de presse / Septembre blanc

(télécharger le pdf)


«  12 septembre 2007. La poussière des tours anéanties n’est pas encore retombée sur New-York. Le ciel est blanc. L’air irrespirable. Ben pousse un profond soupir de soulagement. Il aurait dû se trouver au World Trade Center à l’heure fatidique. Heureusement qu’il trompe sa femme avec une collègue de bureau ! Il n’a pas remis les pieds chez lui depuis. Ni au boulot. (…) Du contraste entre l’énormité de la catastrophe et le calcul des survivants, le jeune dramaturge américain Neil Labute tire un comique cinglant. Sans quitter leurs fauteuils club, Xavier Gallais et Simona Maïcanescu, dirigés avec subtilité par Claude Baqué, confèrent à l’affrontement des amants une telle cruauté qu’on en oublie l’étroitesse de la scène. On sort de ce duel à mort ébloui et sonné. »

Jacques Nerson – Le Nouvel observateur – 24 avril 2003

« Ce n’est pas une pièce historique, encore moins sociologique. Dans Septembre blanc, de l’américain Neil LaBute, la tragédie du 11 septembre 2001 agit comme un révélateur. Décapant. Terrifiant. (…) Les mots, crus et cruels, claquent. Xavier Gallais et Simona Maïcanescu se livrent une joute verbale vertigineuse, qui conduit le spectateur dans une réflexion dérangeante. Au plus profond du sentiment de lâcheté. »

Bruno Bouvet – La Croix – 26 avril 2003

« C’est le dernier auteur (et cinéaste) à la mode aux Etats-Unis. Un homme, une femme. La veille, le 11 septembre 2001, New York a connu l’apocalypse. Dictée par l’effroi, la pièce révèle avec force (et un brin de complaisance) la blessure, l’orgueil blessé, les fascinations et la veulerie d’une certaine Amérique. A déconseiller si vous êtes un peu déprimé, mais on ne peut que saluer le travail des comédiens: ils s’impliquent, ils se mouillent. On les sent, on les touche presque. »

Frédéric Ferney – Le Point – 2 mai 2003

« Dans de grands fauteuils club, quelques images brouillées projetées parfois derrière eux, les protagonistes doivent se soumettre à ces échanges totalement artificiels (traduction de Bernard Hœpffner) qui sont au cœur de la pièce. Simona Maïcanescu, volontairement sèche et raisonneuse, terrible, comme le veut Neil Labute, ne manque pas de cran : c’est délicat de jouer un personnage qui n’est pas fondamentalement sympathique ! La comédienne est excellente et assez drôle. Face à elle, Xavier Gallais, dans le va-et-vient de l’inconstance plus que de la panique, donne aussi une image courageuse d’un type auquel on a bien du mal à s’intéresser vraiment. Claude Baqué, qui signe la mise en scène, s’appuie d’abord sur la présence des deux interprètes qui sont de très bons comédiens. Mais LaBute est trop méchant, trop négatif. On ne croit pas à cet échange. Il n’a aucune compassion pour ses personnages, il est difficile d’avoir pour eux la moindre empathie. »

Armelle Héliot – Le Figaro – 21 avril 2003

« 12 septembre 2001. Si Ben n’avait l’habitude de retrouver sa maîtresse aux heures de bureau, son corps serait actuellement enfoui sous les décombres du World Trade Center. Et l’on blâme l’adultère ! Depuis hier, son téléphone mobile n’arrête pas de sonner. Surtout ne pas répondre. Bientôt son nom figurera sur la liste des disparus et, tandis que sa famille honorera sa mémoire, il ira refaire sa vie au Mexique ou ailleurs en toute sécurité… La noirceur de Bash avait épouvanté certains spectateurs. Quelle sera leur réaction face aux sarcasmes et imprécations de Septembre blanc, du même Neil Labute ? Ce jeune auteur américain a la chance d’être servi ici par deux acteurs exceptionnels, Xavier Gallais et Simona Malcanescu, dont l’affrontement est savamment arbitré par Claude Baqué. Ça, c’est de la boxe!

Jacques Nerson – Valeurs actuelles – 2 mai 2003

« Ce que j’apprécie chez toi, c’est cet attachement obstiné à n’être qu’un foireux », déclare Abby à son amant, sur la scène de l’Athénée. Dans un langage ironique et cinglant, Septembre blanc mêle la tragédie d’une nation à celle, plus intime, d’un couple. Vissés dans leurs fauteuils Clubs, les deux comédiens Simona Maïcanescu et Xavier Gallais sont remarquables de justesse. Leurs scène de ménage transmet à merveille l’atmosphère pesant de ce jour fatal. »

Céline Jacq – 20 Minutes – 24 avril 2003

«  Claude Baqué, qui suit un fil contemporain de Koltès à Arrnando Llamas, de François Bon à Lars Norén, a su repérer ce texte dont l’écriture est passionnante de vérité. »

Mari-Mai CORBEL – Mouvement.net – 17 avril 2003

«  La mise en scène de Claude Baqué est sobre, mais accentue par sa réserve la force de la joute dialectique. Les séquences vidéos créent parfois une légère distance entre les acteurs pour mieux nous replonger dans leur corps à corps endiablé. Le spectateur attentif, incertain, amusé, souvent touché, s’attache à ces êtres plongés dans une situation improbable mais criante de vérité : leurs peurs et faiblesses sont finalement un peu celles de chacun d’entre nous. »

Julien Ciamaca – Théâtre Online – 23 avril 2003

«  Après le succès de Bash, cette dernière pièce de Neil LaBute écrite en décembre 2002, nous dévoile une nouvelle fois des personnages hors du commun, sans aucune moralité et prêts à commettre les actes les plus extrêmes pour parvenir à leur fin. Ici, la traditionnelle image du héros américain qui meurt pour la bonne cause laisse la place à celle d’un être lâche et vivant. Comme si l’auteur s’amusait à nous bousculer en reniant les clichés. Le décor reste épuré à l’extrême: deux fauteuils avec, en arrière plan, l’épais nuage de poussière qui recouvre New York. »

Olivier Billaud – Theatrothèque.com – 21 avril 2003

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