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Eaux dormantes

L'Athénée Théâtre Louis-Jouvet

De Lars Norén

traduction Katrin Ahlgren & Claude Baqué

Première création de la pièce en France en mars 2007, à L’Apostrophe Scène Nationale de Cergy-Pontoise. Reprise à L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris en juin 2007

mise en scène Claude Baqué

avec Marion Bottollier, Pierre-Alain Chapuis, Michel Hermon, Serge Maggiani, Simona Maicanescu, Marie Matheron, Nicolas Struve

avec la participation de Laura Baqué, dans le rôle de Jessica

assistante mise en scène Isabelle Antoine / scénographie/lumières Matthieu Ferry / costumes Nathalie Lecoultre / musique Amnon Beham bande son François Olivier / images Jacques Besse & Pierre Froment / infographie Cédric Guintrange / régie générale Stéphane Gattoni  / presse-diffusion Isabelle Muraour

production déléguée L’Apostrophe, Scène Nationale de Cergy-Pontoise

coproduction Acte2DeuxARCADI / coréalisation L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Ce spectacle a reçu l’Aide à la création d’œuvres dramatiques de la DMTS,  l’Aide à la production dramatique de la DRAC Île de France, ainsi que l’Aide à la production dramatique de l’ADAMI. Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoa

Note de mise en scène

Les métamorphoses du monde me tiennent lieu de pays natal

Nelly Sachs

La pièce fut créée au Deutsches Theater de Berlin, en novembre 2001, dans une mise en scène de Lars Norén. Elle avait alors pour titre Tristano. C’est cette première version en langue allemande, que j’ai traduite dans un premier temps. A l’occasion de sa création à Stockholm l’année suivante, au Judisk Teater, l’auteur a remanié la pièce, qui fut jouée sous le titre de Stilla Vatten. C’est à partir de cette nouvelle version que nous avons, avec Katrin Ahlgren, traductrice et collaboratrice de Lars Norén, effectué notre traduction.

Stockholm, septembre 2001. Ils sont sept à table. Ils ont fini de dîner. Ils parlent de leurs vacances. Mattias et Judith sont allés en France. En Provence. Ils se sont arrêtés à Bergen-Belsen, mais seulement pour visiter le musée. Emma et Daniel étaient en Bretagne. Ils sont allés à New-York, aussi. Mais Emma ne s’en souvient pas. Elle ne se rappelle pas non plus le prénom de l’enfant qu’ils ont perdue. Joseph et Sophie sont allés dans leur maison sur l’île de Gotland, l’île du Sacrifice de Tarkovski. Trois ruines, qu’ils ont retapées. Mais cet été, ils ont perdu leur désir de maison. Jonas n’a pas pris de vacances. Il vit dans un centre. Il dit : «Je m’appelle Bruno Bettelheim». Mattias est psychiatre, Judith est avocate, Emma est éditrice, Daniel est avocat, Joseph et Sophie sont journalistes. Jonas est autiste.

Sept personnages en quête d’auteur. Lars Norén nous dit que pendant les trente premières pages, il les tient par la main. Après, il les lâche. Pour écrire sous leur dictée. Pour se laisser conduire vers des zones où il n’aurait jamais pu se rendre seul. La grande force de son théâtre tient en effet dans ces relais de paroles, ces entrelacs de voix qui s’affolent, comme des courants à l’approche de l’abîme.

EMMA. Ça me manque, le vingtième siècle. Pas toi ?

Tes cheveux d’or, Margarete

Tes cheveux de cendre, Sulamit

Paul Celan

Nous avons rencontré Lars Norén à l’occasion de la création en France de Bobby Fischer vit à Pasadena, l’une des dernières pièces du fameux cycle des quatuors en huis-clos des années quatre-vingt, qui lui avaient valu d’être considéré en Suède comme «le plus grand auteur vivant depuis Strindberg». Ses personnages y apparaissaient déjà comme les survivants d’une catastrophe sans nom.

Depuis, Lars Norén est sorti du cercle de l’enfer familial. Lors d’une interview, après la chute du mur de Berlin, il déclarait: «Seuls les exclus, les discriminés, portent en eux le noyau de la vérité et ce sont eux qui nous feront accéder à notre propre vérité». Viendront alors les pièces à ciel ouvert des années quatre-vingt-dix : Roumains, sur les exilés, Une sorte d’enfer, sur les aliénés, Froids, sur les néonazis, ou Catégorie-3, sur les sans-abri. Un théâtre de l’enfer social.

Eaux dormantes est une pièce du troisième cercle. Commencée en 1982, reprise en 1992, elle fut achevée en 2001, après la catastrophe du World Trade Center. Elle traverse les deux premiers moments de son écriture pour atteindre ce cercle qui à la fois les dépasse et les récapitule, et que nous pourrions appeler l’enfer global : une image du monde qui reste fidèle à l’inoubliable des camps et à leur toujours possible retour.

Perte de la mémoire, de l’identité, du désir. Du langage même. Notre mise en scène poursuivra une recherche entreprise depuis Abîme aujourd’hui la ville (sur les sans-abri), Bobby Fischer vit à Pasadena (sur le secret de famille), Septembre blanc (sur les disparus), Anatole (sur l’éclipse du désir), autour de la représentation au théâtre de ce qui en nous est perdu, oublié. Et par-là même inoubliable.

Claude Baqué

EMMA.  Comment elle s’appelle, déjà…

DANIEL.  On attend. Un temps. On attend que tu te souviennes du nom de ton enfant.

Un temps.

EMMA.  Non. Un temps. Pardonne-moi. Je n’arrive pas à me souvenir.

Presse Eaux dormantes

Extraits de presse / Eaux dormantes

 

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« Avec Eaux dormantes, nous sommes ailleurs, de l’autre côté du miroir, et ne savons plus trop si les personnages réunis pour un dîner que l’on ne verra jamais sont passés de vie à trépas. Avec un très subtil doigté, Claude Baqué nous laisse dans l’incertitude. Les comédiens (étonnante et superbe distribution) jouent de tous les registres, passent imperceptiblement de l’un à l’autre. Avons-nous affaire à des morts, à des survivants ? S’ils sont des rescapés (tous sont enfants ou amis proches de déportés), après Auschwitz, après le World Trade Center, ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. C’est cela que Claude Baqué parvient à nous faire ressentir. »

Jean-Pierre Han, Témoignage Chrétien – 29 mars 2007

« Vertige. De digressions sur les voyages des uns et des autres en notations sur la musique de Bill Evans, le septuor d’acteurs, conduits par Claude Baqué, accomplit la prouesse de faire flotter ce vertige voulu entre ici et le territoire des ombres. »

Mathilde La Bardonnie, Libération – 4 juin 2007

« Sept contre l’évidence. Sept embarqués dans un étouffant huis-clos. Norén a lu ses classiques mais, chez lui, l’enfer n’est pas toujours les autres, l’enfer, c’est soi-même… et l’héritage de l’histoire. Ici, ce qui tient lieu d’armature dramatique, c’est la Shoah. Claude Baqué, qui met en scène la pièce, connaît très bien le monde sensible de Lars Norén. »

Armelle Héliot, Le Figaro – 12 juin 2007

« C’est là un partition troublante, poignante en creux, jouée par des comédiens à la présence convaincante laissant percevoir une direction d’acteur sinueuse. Dans ce moment de théâtre exigeant, soulignons encore la façon essentielle dont le décor et la lumière, dus à Matthieu Ferry, agissent en accord avec une mise en scène sobre. »

Aude Brédy, L’Humanité – 10 avril 2007

« Encore une fois, Lars Norén surprend et frappe fort. Il gomme la frontière entre les mondes vivants et celui des morts pour marteler les grands questionnements du temps présent : l’identité, la responsabilité, la mémoire. Il y a la perte du désir, il y a l’obsession et l’impossibilité de se souvenir, la persistance de l’abomination de l’holocauste. Le langage déborde, laisse affleurer les béances, les fractures intimes. Claude Baqué installe ce monde des ombres dans un no man’s land intemporel. »

Annie Chenieux,  Le Journal du Dimanche – 30 mai 2007

« La mise en scène de Claude Baqué, comme ses précédentes, est d’une remarquable précision et la direction d’acteurs a été menée au plus serré. »

Philippe du Vignal – les Lettres Françaises – mai 20007

« Ces Eaux dormantes du suédois Lars Norén envoûtent véritablement le spectateur, tant par le fond que par la forme. Une distribution éblouissante d’abord, avec Michel Hermon et Serge Maggiani en particulier, ensuite une mise en scène lumineuse de Claude Baqué pour ces ténèbres nordiques venues d’un autre monde… »

Yonnel Liégeois ,  La Nouvelle Vie Ouvrière – mai 2007

« L’étrangeté de ce spectacle rend captif, captive le spectateur. Le libère dans sa faculté de rêve et d’intelligence. »

Jean Grapin, Impact Médecine – 31 mai 2007

« Claude Baqué a adapté et mis en scène cette pièce longue à la construction complexe avec souplesse et talent, car les mouvements des personnages sont rares.

Jacques Portes – Historiens et Géographes – mai 2007

« (…) Dans ce magistral huis-clos, Lars Norén enclenche le processus de la perte qu’il décline sous toutes ses formes. Perte de la mémoire, de l’identité, des rêves, de la vie… Pour appuyer le texte écrit au cordeau, Claude Baqué a opté pour une mise en scène épurée, d’un esthétisme glaçant. Les décors et costumes reflètent le noir des douleurs si difficilement dicibles. Un remarquable travail. »

Dimitri Denorme, Pariscope – mai 2007

«  La mise en scène de Claude Baqué est allé dans le sens de l’abstraction et de la distanciation qui donnent au texte une résonance terrible et angoissante que la prestation hors pair des comédiens rend tangible. »

Martine Piazzon, Froggy’s Delight – 12 juin 2007

«… “Depuis que le genre humain est ce qu’il est, la barbarie est pérenne et n’a pas reculé d’un iota. Mais, par moments, ça et là, elle sommeille, elle germe, dans des eaux dormantes. En l’occurrence, on assiste à un dîner d’amis civilisés: psychiatre, avocats, journalistes, sensés se raconter leurs dernières vacances. Ils sont juifs et goys, parents ou proches de victimes du nazisme au siècle dernier. Entre amnésie et mémoire, entre absence et identité, entre anecdote et obsession, circulent, dans les Eaux dormantes les rhizomes de la cruauté humaine et de sa vanité universelle. Aucun auteur, à ce jour, n’est allé aussi loin que Lars Norén dans l’exploitation du labyrinthe à miroir qu’est l’âme humaine. Pour y mener le spectateur, il faut un metteur en scène à la hauteur, spécialement dans la direction des interprètes. C’est le cas avec Claude Baqué à Cergy-Pontoise. »

Jean-Marc Stricker, France-Musique – 10 mars 2007

« Depuis que le genre humain est ce qu’il est, la barbarie est pérenne et n’a pas reculé d’un iota. Mais, par moments, ça et là, elle sommeille, elle germe, dans des eaux dormantes. En l’occurrence, on assiste à un dîner d’amis civilisés: psychiatre, avocats, journalistes, sensés se raconter leurs dernières vacances. Ils sont juifs et goys, parents ou proches de victimes du nazisme au siècle dernier. Entre amnésie et mémoire, entre absence et identité, entre anecdote et obsession, circulent, dans les Eaux dormantes les rhizomes de la cruauté humaine et de sa vanité universelle. Aucun auteur, à ce jour, n’est allé aussi loin que Lars Norén dans l’exploitation du labyrinthe à miroir qu’est l’âme humaine. Pour y mener le spectateur, il faut un metteur en scène à la hauteur, spécialement dans la direction des interprètes. C’est le cas avec Claude Baqué à Cergy-Pontoise. »

Jean-Marc Stricker, France-Musique – 10 mars 2007

Autour d’Eaux dormantes

ENTRETIEN AVEC LARS NORÉN

L’entretien s’est déroulé à Stockholm, en novembre 2004. Il a été enregistré et traduit par Katrin Ahlgren.

Claude Baqué – Quand la pièce s’est jouée à Berlin, elle s’appelait Tristano, et à Stockholm elle s’appelait Stilla vatten

Lars Norén – Je préfère Stilla vatten, c’est un titre plus pertinent…

C.B. – Dans quel esprit as-tu effectué les modifications entre les deux versions ?

L.N. – J’avais envie d’aller plus loin avec certains acteurs à Berlin et avec d’autres à Stockholm… En fait, c’est aussi bien que ce soit quelqu’un d’autre qui monte mes pièces, parce que je n’ai pas de respect pour un texte que j’ai écrit moi-même… Ça m’ennuie, alors je fais des changements…

C.B. – J’aimerais beaucoup savoir d’où viennent les personnages de Stilla vatten – dans ton théâtre,  dans ton histoire…

L.N. – Ils sont très proches des personnages d’une pièce qui s’appelle Endagsvarelser (« Êtres d’un Jour »). Mais dans cette pièce les personnages sont un peu plus jeunes et ils ont abandonné leurs convictions. Ils ne savent plus quoi faire dans la vie… Et ça, c’est une sorte de mort…

J’ai commencé à écrire Stilla Vatten en 1982… Ensuite, j’ai écrit de temps en temps… J’ai repris en 1992, et quand ils m’ont demandé de venir en Allemagne, j’ai choisi cette pièce…

Il y a un sujet qui revient dans toutes mes pièces – la mort – pourquoi certains veulent vivre, pourquoi ils survivent et pourquoi d’autres cèdent et abandonnent la vie… Ce que nous n’avons pas réalisé dans la vie ou ce qui n’est pas advenu comme nous l’avons espéré ou pensé peut devenir très dominant – nous pouvons voir cela comme une sorte de mort dans la vie…  Pour la mère (Emma) la vie s’est arrêtée quand sa fille est morte. Maintenant elle ne comprend pas que le monde continue à changer et que le temps passe. Pour ce qui est du père (Daniel), il ne se laisse pas influencer, il continue à mener la même vie qu’avant – il maintient les mêmes structures. Et c’est lui le premier à céder et à entrer dans le  » royaume des morts  » – il n’a plus grand chose à perdre…

Maintenant je reviens à ta question… Je suis influencé par les différents lieux où je travaille !… Je peux donner un exemple, quand j’étais à Berlin pour monter Stilla vatten, je suis passé par la Place de l’Université, et là, il y avait une grande surface vitrée au sol à travers laquelle j’ai vu de très grandes bibliothèques – de belles bibliothèques blanches où il n’y avait pas un seul livre… Il se trouve que c’était un monument en mémoire de l’Autodafé de 1933. Plus tard, quand j’ai monté la pièce à Stockholm, j’ai essayé de recréer ce lieu. J’ai mis des bibliothèques sur la scène, des bibliothèques vides mais en même temps très présentes…

C.B. – C’est ce que tu appelles  » les livres de cendres  » ?

L.N. – Oui…

C.B. – Il y a un philosophe français qui a dit quelque part que  « ne pas faire de différence entre la vie et la mort est aussi subversif que la transsexualité »… Je crois que c’est Baudrillard…  Il y a quelque chose d’aussi fort et d’aussi subversif, une espèce de transparence entre la vie et la mort dans ta pièce…  Une sorte de translucidité…

L.N. – C’est tout à fait ça. C’est comme ça que j’ai essayé de l’écrire aussi, que le passage entre la vie et la mort soit invisible. Pendant les répétitions j’essaie souvent d’exprimer cela par des positions… Par exemple, quand un acteur lève la main et qu’il s’immobilise, c’est comme s’il mourrait au milieu d’un geste… Et je vis l’existence de la même manière – le théâtre, la communication et l’amour… C’est comme une danse, comme un mouvement et quand le mouvement s’arrête, il n’y a plus rien… C’est pareil avec nos vies… J’ai essayé d’écrire la pièce comme un mouvement – sans frontière entre la vie et la mort…  Ça coule seulement …  Et c’est ça que je trouve fantastique, avec le théâtre et avec la danse – cette chose qui meurt au moment d’être vécue… De temps en temps, je fais travailler les acteurs avec des mouvements très lents, ils doivent se déplacer comme s’ils étaient morts, et ensuite ils doivent s’arrêter dans un rire ou dans un sourire… Je donne souvent aux acteurs un grand nombre d’images de la mort… Si nous regardons nos vies en arrière, c’est l’histoire de la mort – la mort parce qu’avant c’était la vie… Le dernier été avant la rentrée des classes, par exemple, ou quand l’école se termine pour de bon, alors il y a une fin et il y a quelque chose qui meurt…  Tout le temps nous quittons quelque chose, c’est comme les chapitres d’une vie… Et on a l’impression d’aller vers une conclusion finale de tous ces chapitres, mais ce ne se passe pas comme ça. Tout d’un coup, c’est  l’histoire qui s’arrête…

C.B. – Stilla Vatten traite de ce qui est perdu… Et de ce qui reste… Chaque personnage a une perte différente : la mémoire, l’identité, le désir… Et le langage !… Ce qui me plaît beaucoup, c’est que tu arrives à donner corps à une idée pourtant  très abstraite : que le langage est notre demeure, qu’on habite le langage…

L.N. – Oui, je pense que d’une certaine manière le langage est notre demeure, et que c’est une demeure perdue…

C.B. – On a le sentiment que ces personnages juifs de Stilla vatten sont dans une sorte d’éternel présent, que leur mémoire est en dehors d’eux, quelque chose de l’ordre de l’inoubliable plutôt que de la mémoire…

L.N. – Il y a des souvenirs qui passent comme des ombres à travers leur conscience… C’est comme des ombres qui passent…  Il s’agit donc de créer, dès le début, une sorte de mouvement… Comme de l’eau qui coule… Et l’eau cherche la tranquillité, elle va vers le calme… Elle coule parce qu’il y a une force qui l’y contraint…

Pour moi, il y a une différence énorme entre notre mort suédoise et la mort juive. C’est aussi écrit dans la pièce, « nous, on sait comment nos morts sont morts « , nous avons souvent une explication à notre mort, la maladie, l’âge… Alors que la mort des juifs fut une mort absurde sur tous les plans. Et les juifs n’ont pas eu le temps de dire au revoir…  C’est la raison pour laquelle la conscience de la mort chez Judith et chez Daniel est plus sombre – la mort juive est tellement cruelle qu’on ne peut pas la décrire… Pour moi, on peut parler d’une autre sorte de mort après Auschwitz…

C.B. – Jonas dit à un moment : « Je m’appelle Bruno Bettelheim ». Il y a une filiation entre Jonas et Tomas l’autiste de Bobby Fischer. Ils parlent de la même façon…

L.N. – Oui…

C.B. – …Et en arrière plan de ce personnage, comme en ligne de fuite, on trouve Jessica (l’enfant morte de Daniel et Emma) et Jacob (qui a été cobaye humain). J’aimerais beaucoup, dans ma mise en scène, chercher le point de vue de Jessica… que l’on puisse, à un moment, voir la pièce à travers les yeux de Jessica …

L.N. – C’est une bonne idée ! Absolument…

C.B. – Et Jacob…?

L.N. – Je connais un homme juif, il a 63 ans – ce n’est pas Jacob. Il a été placé dans un camp en Pologne quand il avait 6 ans et puis quand il est arrivé à Auschwitz les médecins ont fait des expériences sur lui – pas le docteur Mengele mais d’autres…. Après la guerre, il est parti au Danemark et ensuite en Israël et maintenant il vit en Suède. Il m’a raconté que les Allemands cassaient le nez des enfants pour qu’ils respirent avec la bouche quand ils allaient dans les chambres à gaz. J’aimerais rajouter cette image dans le récit de Jacob pour montrer à quel point les Allemands étaient cruels… C’est comme une plaie saignante…

Entretien traduit par Katrin Ahlgren

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